Face à la raréfaction des ressources, transformer le bâti existant s’impose comme un levier majeur de sobriété. À La Défense, la tour Hopen (ex-tour Technip, puis Adria, désormais Hopen) a été réhabilitée et surélevée plutôt que démolie. Camille Carême, ingénieur structures chez setec tpi et responsable d’affaire (entre 2019 et 2023), fait le point sur ce projet, sous l’angle de la sobriété.
Plutôt qu’une démolition-reconstruction, l’opération a capitalisé sur le gros oeuvre : conserver l’ossature et une grande partie des planchers — soit 50 000 m³ de béton — a limité déchets, nuisances et consommation de matériaux. La tour a été transformée par une surélévation, une extension latérale et une grande entaille en façade ouvrant sur le hall.
La surélévation et l’extension latérale ont été réalisées en structure métallique afin de limiter les charges à reprendre par l’existant et les déformations du sol. « Nous avons cherché à limiter au maximum toutes les charges, pour réduire les renforcements », résume Camille. Le principe de justification retenu : limiter l’accroissement des charges à 5 % sur les structures porteuses ; au-delà, un recalcul est nécessaire pouvant mener à un renfort structurel (donc plus de matière ajoutée). Le calcul au plus juste des renforts nécessaires a exigé de réaliser des calculs phasés : en réha-bilitation, chaque démolition/ reconstruction redistribue les charges. La grande entaille à la base de la tour représentait un défi : la façade en voile percé contribue au contreventement, et cette grande ouverture a demandé des renforts dimensionnés au plus juste pour limiter les déformations dans le reste de l’ouvrage.
Les équipes de setec ont dû recalculer un ouvrage déjà construit (alors que toutes les notes de calcul d’origine manquaient) et multiplier les investigations : 350 percements/ carottages, avec l’appui des équipes de setec lerm et d’experts de l’Université Gustave Eiffel. « En réhabilitation, on vérifie autant que possible la qualité de la conception et de la réalisation initiales… et il peut y avoir des surprises », rappelle Camille Carême, comme un béton mesuré localement à presque la moitié de sa résistance théorique. Mieux qualifier l’existant évite de sur-renforcer. De nouveaux essais en soufflerie ont aussi permis d’optimiser les efforts de vent d’environ 20 % malgré la surélévation. Concernant les fondations, un renforcement du radier a suffi, sans ajout de fondations profondes. Côté réemploi, presque tous les faux planchers (dallettes sur vérins) ont été réutilisés. « Éviter le lourd et le neuf, c’est économiser des ressources ».
Pour bénéficier au maximum de l’analyse de l’ouvrage existant, l’équipe a instrumenté entièrement la tour (en collaboration avec setec lerm et Phimeca) pour caler le modèle de calcul sur le comportement réel de la tour, notamment au vent (accélérations, contraintes…) et ouvrir des pistes de maintenance prédictive. « Instrumenter, c’est se donner les moyens de vérifier nos calculs, de capturer expérimentalement le comportement de l’ouvrage réel, puis de détecter les écarts au cours du temps et d’intervenir plus tôt et plus légèrement si besoin — à condition d’accepter un monitoring au cours de l’exploitation du bâtiment ».
Ce projet montre qu’on peut créer de la valeur en économisant la matière : diagnostiquer, alléger, optimiser les efforts de vent, maîtriser les charges et activer le réemploi, pour intervenir le plus légèrement possible. « La sobriété se joue dès le départ : embarquer le client et viser le renforcement au minimum », conclut Camille.