Depuis 2021, setec est engagée au Pérou dans ce qui figure parmi les projets les plus ambitieux de l’histoire du pays. Pour comprendre les enjeux colossaux auxquels les équipes font face, nous avons échangé avec Marc Chassande‑Mottin, ingénieur en chef chez setec international et directeur du projet Nueva Carretera Central, expatrié à Lima et Arturo Salazar, directeur adjoint du projet, ingénieur colombien expatrié également à Lima depuis nos équipes de Gomez Cajiao à Bogota. À travers leur témoignage, se dessine la réalité quotidienne d’un chantier titanesque au cœur des Andes, porté par une équipe multiculturelle et engagée.

Un chantier historique : la nouvelle Carretera Central

Lorsque Marc arrive à Lima en novembre 2021, il rejoint une équipe d’une quinzaine de personnes seulement. Aujourd’hui, elles sont plus d’une centaine, dont plus de 42 collaborateurs au sein de setec équipes qui mixent expatriés de setec international, tpi, terrasol, alsgca, des personnes en VIE. Le rôle de cette équipe : être une PMO auprès du gouvernement péruvien. Cette montée en puissance des équipes reflète l’ampleur du projet, sur lequel setec travaille en consortium avec Egis : la construction de la nouvelle Carretera Central, une autoroute de près de 180 kilomètres reliant la côte pacifique aux plateaux andins, un corridor vital pour le pays.

La route actuelle, construite dans les années 1920, est saturée, dangereuse et totalement inadaptée au trafic moderne. Dimensionnée pour 3 500 véhicules par jour, elle en accueille près de 8 500. Les embouteillages peuvent durer plus de 24 heures, des éboulements surviennent régulièrement et l’on déplore chaque année plus de 70 décès. La future autoroute, elle, permettra de réduire drastiquement les temps de trajet : de six heures et demie aujourd’hui, ils passeront à environ deux heures et demie. Une révolution pour les habitants, les producteurs agricoles et l’économie du pays, comme le confie Arturo : « Le projet Nueva Carretera Central (NCC) est une nécessité stratégique pour le pays et un ouvrage attendu depuis plus de six décennies, visant à améliorer l’interconnexion régionale entre les zones andines et la capitale. Cette infrastructure renforce non seulement l’axe logistique central du Pérou, mais elle relie également les personnes, intègre les territoires et contribue directement à améliorer la qualité de vie, la sécurité routière et le développement économique des communautés et du pays dans son ensemble. »

Mais au‑delà des chiffres – plus de 40 kilomètres de tunnels, une vingtaine de kilomètres de viaducs, un budget estimé entre 6 et 7 milliards de dollars –, c’est la dimension humaine qui marque le plus les équipes. Marc évoque le risque vital pour les habitants lorsqu’ils ne peuvent arriver à temps à l’hôpital dans la capitale, les familles séparées par le mauvais état des routes. « Ce projet a du sens », répète‑t‑il. « Il apporte un espoir concret à des populations entières. »

Un défi technique, social et environnemental

Construire une autoroute dans les Andes engendre de nombreux défis. Les équipes doivent faire face à une topographie accidentée et évoluent dans des conditions extrêmes, passant d’une zone désertique en sortie de Lima à des plateaux agricoles, puis à des environnements de haute montagne, culminant à 4 500 mètres d’altitude. Certaines zones sont si inaccessibles que les machines de forage géotechnique ont dû être acheminées… en hélicoptère. Les équipes techniques montent des campements temporaires et vivent sur place, en accord avec les communautés locales.

Le contexte social ajoute une complexité supplémentaire. Les communautés quechua, protégées par la loi, ne peuvent faire l’objet d’expropriations : tout se négocie, se discute, s’explique. De plus, selon Arturo l’un des plus grands défis a été de regagner la confiance des communautés rurales de la zone concernée, qui ont souffert pendant des années de l’absence de l’État. Cet objectif n’est possible que lorsque le projet comprend leurs besoins, communique avec transparence et respect, et agit avec empathie envers leur culture, leur identité et leur mode de vie. setec a ainsi installé une présence permanente sur le terrain, composée d’une dizaine de personnes dédiées au dialogue et à l’accompagnement des leaders communautaires.

La dimension environnementale est tout aussi centrale. Les projets intègrent notamment la construction de plusieurs centrales photovoltaïques destinées à alimenter le chantier, puis l’infrastructure elle‑même. Les équipes travaillent également avec le Trésor français sur une certification de projet durable innovante (https://www.fastinfralabel.org/) et contribuent à des avancées majeures sur les thématiques de résilience, d’adaptation au changement climatique et de réduction des émissions.

Enfin, le tracé traverse des zones riches en vestiges archéologiques, obligeant les équipes à mettre en place un vaste programme d’archéologie préventive. setec compte même une archéologue locale dans ses rangs. L’objectif est également de valoriser ce patrimoine exceptionnel pour créer une « route‑musée » mettant en avant le Qhapaq Ñan, l’ancienne voie inca classée au patrimoine mondial.

Le Projet Santa Rosa : l’autre projet stratégique de setec à Lima

Au‑delà de la Carretera Central, setec et Egis collaborent sur un second projet majeur le Projet Santa Rosa, incluant deux parties : la voie express Santa Rosa, un viaduc urbain de quatre kilomètres reliant la côte au Pont Santa Rosa, franchissant le fleuve Rimac, qui lui-même permettra de relier le tout nouveau terminal de l’aéroport international de Lima, inauguré en 2025. Ce projet répond à un enjeu essentiel : fluidifier l’accès à l’aéroport dans une ville de douze millions d’habitants dotée… d’une seule ligne de métro.

Les travaux ont d’ores et déjà commencé. L’année précédente a été consacrée au dévoiement de réseaux de télécommunications, d’électricité, de gaz et à la gestion d’une des plus grosses conduites d’eau de la ville. Le reste des travaux, dont la signature du contrat est imminente, comporte également un volet d’aménagement urbain important : création de voies dédiées aux bus, renforcement de la sécurité avec caméras et éclairage, aménagements paysagers.

D’un montant d’environ 600 millions de dollars, ce chantier est certes moins gigantesque que la Carretera, mais tout aussi stratégique pour renforcer la mobilité du grand Lima.

Une équipe engagée, animée par le plaisir de transmettre

L’accord gouvernement‑à‑gouvernement dans lequel s’inscrit ce projet comporte également un volet important de transfert de connaissances. Les équipes de setec interviennent dans des universités, animent des ateliers comme la fresque du climat et contribuent à la montée en compétences des jeunes professionnels péruviens. En parallèle, setec s’implique localement via la Fondation setec, notamment aux côtés de l’association péruvienne Mano a Mano.

Pour Marc, cette dimension citoyenne fait pleinement partie du projet : « Ce n’est pas seulement un chantier technique. C’est un projet humain, qui rassemble et qui transmet. » Un engagement confirmé par les propos d’Arturo : « Ce qui donne vraiment un sens à notre mission, c’est l’impact de ce projet sur la vie des habitants, sur tout le pays véritablement. Le fait que cette route offrira un avenir totalement différent à leurs enfants, correspond aux valeurs chères à setec, notamment le fait de placer l’humain avant tout. »

Une aventure qui ne fait que commencer

Aujourd’hui, la Carretera Central approche de la fin des études, tandis que le premier appel d’offres – un tunnel de 6 kilomètres représentant environ 500 millions de dollars – est en cours. Les offres doivent être reçues avant l’été. En parallèle, les travaux de la voie express avancent rapidement, avec une nouvelle phase prête à être lancée dans les semaines qui viennent.

Lima reste un défi permanent, mais aussi une formidable source de motivation pour les équipes. Comme le résume Marc, « nous avons la chance de participer à un projet qui a du sens, un projet attendu depuis des décennies, un projet qui améliorera concrètement la vie de millions de personnes ».

Une aventure humaine, technique et environnementale qui illustre à la perfection les valeurs du groupe setec.