Avec la mise en service du Câble 1 le 13 décembre 2025, l’Île‑de‑France inaugure son premier téléphérique urbain, un mode de transport innovant pensé pour désenclaver les territoires du Val‑de‑Marne. Nous avons rencontré Rémi Stamegna de setec organisation, Directeur de projet sur la mission d’AMO pour la réalisation du Câble 1et Matthieu Satgé, Directeur de projet chez setec its dans l’activité Systèmes de Transports Urbains. Ils reviennent sur près d’une décennie d’accompagnement d’Île‑de‑France Mobilités, depuis les études amont et le montage de l’opération, jusqu’à la mise en œuvre de cette nouvelle ligne. Un entretien qui met en lumière les besoins du territoire, les choix techniques et les principaux défis relevés dans ce projet innovant financé par l‘État, la Région Île-de-France et le Département du Val-de-Marne.
Comprendre les besoins d’un territoire enclavé
La première phase du projet a consisté à analyser les difficultés de mobilité dans un secteur marqué par de nombreuses coupures urbaines : infrastructures routières, voies ferrées, LGV, gare de triage… « Les solutions classiques ne permettaient pas de désenclaver Limeil‑Brévannes, Valenton et Villeneuve‑Saint‑Georges, ni d’assurer un rabattement efficace vers les lignes structurantes franciliennes », explique Matthieu Satgé.
Rémi Stamegna rappelle que cette zone présentait à la fois une densité moyenne et un fort enclavement, rendant les bus peu performants sur de longues distances et dans un réseau fragmenté. Les temps de trajet des habitants étaient trop long, il y avait donc une réelle attente pour gagner en confort quotidien. « Prolonger le métro n’avait pas de sens. Il fallait imaginer une solution adaptée. »
Pourquoi le choix d’un téléphérique urbain ?
Le département du Val‑de‑Marne explorait déjà depuis longtemps l’idée d’un transport par câble. Ce mode permet de franchir les coupures urbaines en aérien, sans recourir à d’importants ouvrages d’art et en minimisant l’impact au sol. « Le téléphérique est parfaitement adapté à la demande locale – environ 1200 voyageurs/heure/sens – comparable à un bus à haut niveau de service mais bien en dessous du métro », souligne Rémi Stamegna.
Les premiers retours des voyageurs confirment l’intérêt de cette solution fluide, rapide et durable.
Relever les défis techniques d’un projet inédit en Île‑de‑France
Installer une infrastructure aérienne en milieu urbain dense a représenté un ensemble de défis rarement rencontrés à cette échelle. Matthieu Satgé explique : « L’un des enjeux majeurs a été de démontrer la sécurité de fonctionnement pour obtenir les autorisations : survol, acoustique, évacuation, incendie… »
La gestion des risques, l’intégration urbaine et la coordination avec de multiples acteurs ont nécessité un pilotage technique particulièrement rigoureux.
Deux défis principaux ont marqué le projet, comme le détaille Rémi Stamegna :
Des innovations techniques au service du confort et de la sécurité
Le Câble 1 intègre des avancées technologiques majeures, pensées pour faciliter l’exploitation et améliorer l’expérience des voyageurs.
Matthieu Satgé revient notamment sur la sécurité opérationnelle :
« La conception prend en compte un dispositif dit de « récupération intégrée » permettant de ramener systématiquement les voyageurs en station en cas de défaillance, évitant au maximum les évacuations verticales. »
Il souligne aussi l’intégration du téléphérique dans le réseau IDFM, sans distinction avec les autres modes de transport : information voyageurs, interphonie, vidéoprotection, sonorisation… dans les espaces voyageurs mais aussi dans les 105 cabines qui parcourent la ligne.
Les performances acoustiques, déjà évoquées, sont également le fruit d’une innovation poussée, grâce à la technologie du câble porteur‑tracteur mêlant torons métalliques et profilés synthétiques.
Une mobilité durable et intégrée dans l’environnement
100 % électrique, le téléphérique n’émet aucun gaz à effet de serre en exploitation. Sa consommation par voyageur est inférieure à celle d’autres modes de transport, et son intermodalité – bus, vélo, cheminements – en fait un véritable projet Ingénieurs & Citoyens. « Il favorise le report modal grâce à des temps de trajet réduits et à l’intermodalité proposée à chaque station (bus, vélo) », rappelle Matthieu Satgé. L’intégration environnementale a également été un enjeu fort, comme l’indique Rémi Stamegna : « La ligne traverse un futur parc urbain. Hors de question d’abattre les arbres comme en montagne. Le tracé a été ajusté et des études incendie poussées ont été menées au‑dessus des zones boisées. »
Un mode de transport au cœur d’une dynamique nationale et européenne
Le Câble 1 s’inscrit dans la dynamique récente des téléphériques urbains français, après Grenoble, Brest, Toulouse ou Ajaccio. « Des réflexions sont en cours pour un Câble 2 entre Vélizy et Boulogne pour désengorger la RN118 », souligne Matthieu Satgé.
Avec ses 4,5 km et ses 5 stations, il figure parmi les téléphériques urbains les plus ambitieux d’Europe. « Le Câble 1 constitue une véritable ligne de transports structurante, ce qui est rare », rappelle Rémi Stamegna.
Fiertés et dynamique humaine
Au-delà des aspects techniques, le projet repose sur une forte mobilisation humaine. « Je suis fier de la mise en service, de son succès auprès des habitants, et de notre collaboration étroite avec notre client, Île‑de‑France Mobilités », confie Rémi Stamegna. Une dizaine de collaborateurs de setec ont été mobilisés sur ce projet, livré dans le respect des délais, au service d’un territoire en pleine transformation.